Région du Khumbu et Everest
Le haut bassin de la Dudh Koshi, pays sherpa entre 2 600 et 8 848 mètres, où le trek du camp de base et la vallée de Gokyo se rejoignent par les cols à plus de 5 300 m.
Le Khumbu, c'est le haut bassin de la Dudh Koshi, la "rivière de lait" qui descend des glaciers du massif de l'Everest. Cette vallée, située dans le district de Solukhumbu au nord-est du pays, s'étage entre 2 600 mètres à Lukla et 8 848 mètres au sommet du Sagarmatha, nom népalais de l'Everest. Notre équipe travaille cette région depuis Katmandou : le vol qui relie la capitale à la piste de Lukla, longue de 527 mètres et inclinée à 12 degrés, reste la porte d'entrée standard. En haute saison, les départs sont avancés à Manthali, à quatre heures de route à l'est de Katmandou, pour contourner la saturation aérienne.
Le Khumbu est avant tout le pays des Sherpas, communauté tibétaine arrivée du Tibet oriental il y a environ cinq siècles par les cols du Nangpa La. Leur langue, le sherpa, reste distincte du népali. Le bouddhisme tibétain structure les villages : drapeaux de prière sur les crêtes, murs de mani gravés du mantra Om mani padme hum, monastères de Tengboche (3 867 m) et de Thame qui rythment l'année par leurs cérémonies, notamment le Mani Rimdu en octobre ou novembre selon le calendrier lunaire. Tengboche, reconstruit après l'incendie de 1989, abrite une vingtaine de moines et reste l'étape spirituelle obligée des treks vers le camp de base.
La géographie commande tout. Au-dessus de Namche Bazaar (3 440 m), capitale économique du Khumbu installée en fer à cheval sur une moraine, la limite des arbres disparaît vers 4 000 mètres. Au-delà, c'est un univers minéral de moraines, de lacs glaciaires turquoise comme ceux de Gokyo, et de parois de granite et de gneiss. Le parc national de Sagarmatha, classé au patrimoine mondial depuis 1979, couvre 1 148 km² et abrite encore le tahr de l'Himalaya, le musc, et plus rarement la panthère des neiges signalée vers Phortse. La flore comprend les forêts de rhododendrons qui fleurissent en avril, les genévriers et bouleaux argentés jusqu'à 4 300 mètres.
L'économie locale a basculé en deux générations. Avant l'ouverture de la région aux trekkeurs en 1964, les Sherpas vivaient de l'élevage de yaks et dzos (croisement yak-vache), de la culture de pomme de terre introduite au XIXe siècle, et du commerce transhimalayen avec le Tibet via le Nangpa La. Aujourd'hui, près de 60 000 trekkeurs entrent dans le parc chaque année, et la quasi-totalité des familles de Namche, Khumjung, Pangboche ou Dingboche tire ses revenus des lodges, du portage et de l'encadrement d'expéditions. Cette mutation a financé l'école de Khumjung, fondée par Edmund Hillary en 1961, et l'hôpital de Kunde.
La cuisine du Khumbu reflète l'altitude et la frugalité. Le dal bhat, plat national à base de riz, lentilles et légumes, reste la base quotidienne dans les lodges. Plus spécifique : le shyakpa, soupe sherpa épaisse à base de pâte de blé noir, viande séchée et légumes-racines ; les momos farcis au yak ; le tsampa, farine d'orge grillée mélangée au thé au beurre salé, encore consommée par les anciens. À partir de 4 000 mètres, les produits frais se raréfient et tout est porté à dos d'homme ou de dzo depuis Lukla, ce qui explique l'inflation progressive des prix le long de la vallée.
Le Khumbu ne se résume pas à l'objectif du camp de base à 5 364 mètres. La vallée de Gokyo, parallèle à l'ouest, offre une approche alternative avec ses cinq lacs étagés entre 4 700 et 4 990 mètres et le sommet du Gokyo Ri (5 357 m) d'où l'on aperçoit quatre 8 000 (Everest, Lhotse, Makalu, Cho Oyu). Les passages des cols Cho La (5 420 m) et Renjo La (5 360 m) permettent de boucler ces deux vallées en 16 à 18 jours pour les marcheurs expérimentés.
À découvrir
Camp de base de l'Everest à 5 364 m. Marche de 12 à 14 jours depuis Lukla, avec passage par Namche, Tengboche et Lobuche. Le camp lui-même est une moraine instable au pied de la cascade de glace du Khumbu ; la vue panoramique se gagne le lendemain au Kala Patthar (5 545 m), à l'aube, par -15 à -20°C.
Vallée et lacs de Gokyo. Cinq lacs glaciaires turquoise alimentés par le glacier du Ngozumpa, le plus long du Népal (36 km). Montée au Gokyo Ri pour une vue frontale sur l'Everest, sans la fréquentation du trek classique.
Monastère de Tengboche et Mani Rimdu. Festival de trois jours en octobre ou novembre : danses masquées des moines, lecture des textes et bénédictions publiques dans la cour du monastère, face à l'Ama Dablam (6 812 m).
Marché du samedi à Namche Bazaar. Marchands tibétains et népalais des basses vallées convergent à Namche dès l'aube. Yaks, sel, textiles, légumes acheminés à dos d'homme depuis Jiri. C'est aussi le jour idéal d'acclimatation : on monte à Khumjung (3 790 m) et on redescend dormir.
Trois cols : Renjo La, Cho La, Kongma La. Itinéraire de 18 à 21 jours reliant les vallées de Gokyo, Khumbu et Chhukhung par trois cols au-dessus de 5 300 mètres. Réservé aux marcheurs acclimatés, avec passages sur glacier au Cho La.
Quand y aller
Deux fenêtres climatiques dominent. La saison post-mousson, de mi-octobre à fin novembre, offre la meilleure visibilité de l'année : ciel dégagé après les pluies d'été, températures de 10 à 15°C en journée à Namche et -10 à -15°C la nuit au-dessus de 5 000 mètres. C'est aussi la période la plus fréquentée, avec saturation des lodges à Lobuche et Gorak Shep en novembre. La saison pré-mousson, de mi-mars à fin mai, voit fleurir les rhododendrons jusqu'à 4 000 mètres en avril ; la visibilité matinale reste bonne mais les après-midis se voilent souvent. Les températures sont similaires à l'automne.
Nous déconseillons juin à mi-septembre : la mousson apporte 300 à 400 mm de pluie mensuelle dans la basse vallée, les vols vers Lukla sont annulés plusieurs jours d'affilée, et les sangsues remontent jusqu'à 2 800 mètres. L'hiver, de décembre à février, reste praticable jusqu'à Tengboche pour des trekkeurs aguerris, mais les températures nocturnes chutent à -25°C au camp de base et beaucoup de lodges au-dessus de Dingboche ferment.
Conseils pratiques
Comptez 14 jours minimum sur place pour le trek classique du camp de base, 18 à 20 jours pour la boucle Gokyo-Everest par le Cho La. Une version courte existe : Lukla, Namche, Tengboche, retour à Lukla en 8 jours, qui donne accès aux paysages emblématiques sans engagement au-dessus de 4 000 mètres. L'acclimatation n'est pas négociable : notre équipe programme systématiquement deux nuits à Namche (3 440 m) et une à Dingboche (4 410 m), avec sorties d'altitude en journée. Le taux de mal aigu des montagnes au-dessus de 4 500 mètres dépasse 50 % chez les voyageurs qui montent trop vite.
Le point d'entrée reste le vol Katmandou-Lukla (35 minutes) ou Manthali-Lukla (20 minutes après 4 h de route) en haute saison. L'hébergement se fait en lodges (teahouses) : chambres simples à deux lits non chauffées, salle commune avec poêle à bouse de yak, douches chaudes payantes en dessous de 4 500 mètres seulement. La combinaison la plus cohérente avec le Khumbu est la vallée de Katmandou avant et après le trek (acclimatation culturelle, visites de Bhaktapur et Patan, deux à trois jours). Pour les voyageurs qui souhaitent contraster altitude et plaine, le parc de Chitwan offre une coupure tropicale de trois jours. Cette région s'adresse aux randonneurs en bonne condition physique, capables d'enchaîner 5 à 7 heures de marche par jour pendant deux semaines, à des altitudes où l'oxygène ne représente plus que 50 % de celui du niveau de la mer.















