Mission anti-braconnage dans le parc national de Chitwan

Vêtu d’un simple T-shirt noir, d’un pantalon de treillis couleur kaki et d’une paire de Rangers, Upendra 54 ans nous attend sourire aux lèvres. C’est l’un des 300 rangers du parc national de Chitwan et il a accepté de nous recevoir pour nous parler de son travail dans la réserve : C’est notre portrait de la semaine.

Nous traversons l’un des jardins botaniques du Kasara Jungle Resort, l’un des hôtels les plus luxueux du Parc national de Chitwan. Derrière un massif végétal multicolore, nous retrouvons « Upendra » de la caste des Tharus.  (Pour ne pas révéler son identité nous l’appellerons Upendra).

Le parc national de Chitwan au Népal est l’une des principales attractions touristiques du pays. Situé au sud du pays, des milliers de touristes se bousculent chaque année pour observer dans leur milieu naturel le célèbre tigre du bengale, le rhinocéros indien, les troupeaux sauvages d’éléphant ou encore apercevoir le très rare Gavial, espèce de crocodile de 6 mètres de long inoffensif pour l’homme.

Entre zones marécageuses, plaines humides et forêts de sal, les rangers du parc national doivent patrouiller sur une zone de 932 km2 pour des missions de conservation et de protection.

Upendra est né dans le petit village de Thori. Frontalier avec l’Inde, son village est enclavé entre la réserve protégée de Chitwan et la réserve indienne de Valmiki. La nature, il la connait depuis sa plus tendre enfance.

Comme il nous le dit d’un regard pensif, il se souvient encore très bien des parties de chasse qu’il allait faire avec son père et ses oncles. A la recherche de tigres pour la peau, il y a 45 ans, il revenait rarement les mains vides. Si ce n’était pas un tigre, c’était des crocodiles pour la peau, ou des sangliers pour la viande. Il se souvient encore des immenses plaines encore vierges de toute activité humaine, pleine de vie et où se retrouver nez à nez avec un léopard indien n’était pas rare.

A l’âge de 10 ans, à la recherche de bois avec son père, Upendra tombe face à face avec un tigre âgé de quelques mois. Sans sa mère, le jeune prédateur se cache dans le creux d’un tronc. Pas forcément à l’aise avec la chasse, Upendra, fixe l’animal, lui-même fixés par les yeux jaunes et terrorisés du tigre. Et ce pendant 5 minutes.

 

« la tête du tigre avait

       complétement explosé »

 

« Soudain, mon père est venu et m’a basculé. Fusil à la main, sans même avoir le temps de lui en empêcher, il a tiré. La tête du tigre avait complètement explosé. Ça m’a choqué et c’est à partir de ce moment où j’ai arrêté de suivre mon père en forêt. Parfois je pense à ce tigre. Je suis triste pour lui mais d’une autre façon, c’est grâce à l’acte violent de mon père que j’ai décidé à mes 19 ans de devenir Ranger. A l’époque j’hésitais avec l’armée mais les armes n’ont jamais été mon truc »

Même si Upendra n’a pas rejoint l’armée, la moitié de ses missions sont avec des militaires.

« je suis coordinateur. Je forme les rangers mais également les militaires sur le terrain. Nous n’avons pas le droit de porter des armes et ça nous pose problème dans la moitié de nos opérations. Heureusement nous travaillons avec les soldats qui nous protègent et nous aident dans la traque des braconniers et des animaux. »

Le plus grand problème dans le parc naturel c’est le braconnage. La réserve faunique abrite des animaux rares qui sont actuellement exterminés pour leur peau (tigre) leur corme (rhinocéros)…

« Nos missions sont très nombreuses. Nous surveillons et entretenons les frontières du parc, nous patrouillons avec les militaires de notre armée de terre, nous dressons un inventaire des espèces que nous apercevons, ou encore nous allons à la rencontre des populations locales. Je pense que la dernière mission est la plus intéressante et la plus utile. J’ai grandi dans un village ou chasser le tigre était normal. Résultat aujourd’hui il y en presque plus. En parlant avec les villageois et en éduquant les enfants, plus personne ne chasse le tigre. »

 

« Des braconniers paramilitaires équipés de fusils automatiques »

 

En effet la plupart des braconniers capturés récemment par les équipes de l’unité anti-braconnage et de leurs chiens étaient chinois et vietnamiens. Des réseaux ultra-organisés, internationaux et souvent mieux équipés que l’armée font des ravages à travers le monde. En Tanzanie par exemple, les rangers des parcs nationaux armés de fusils de chasse hérités de l’époque coloniale doivent affronter des groupes de braconniers paramilitaires équipés de Snipers et de fusils automatiques à bord d’hélicoptère.

 

Saisie de l’armée indienne à l’aéroport de New Delhi (2015)

Le Népal n’est pas dans cette situation extrême : les moyens financiers et humains sont de plus en plus importants et les peines judiciaires de plus en plus sévères. Il reste encore beaucoup d’effort à réaliser mais Upendra est fier de son travail et de ses hommes :

« Quand je vois que ces 4 dernières années, la population de tigre au Népal a progressé de 64% et que aucun rhinocéros n’a été braconné, ça me motive de faire encore plus d’effort pour protéger ces animaux »

Upendra a raison d’être motivé : En Afrique du Sud, malgré les moyens mis en œuvre par le gouvernement et les ONG, c’est 1028 rhinocéros qui ont été abattus en 2017. La situation est tellement désespérée que le pays est en train de réfléchir pour envoyer une partie de ses rhinocéros en Australie. Même situation critique avec les tigres de Chine Méridionale. Totalement disparu à l’etat sauvage en Chine, on retrouve aujourd’hui la seule population sauvage en liberté, en Afrique du Sud, à 11.000 km de sa terre natale.  (programme Save China’s Tigers)

 

« Depuis mon enfance, j’ai toujours aimé la vie sauvage et mon travail me permets aujourd’hui de travailler dans le domaine que j’aime : la nature c’est ma passion, et pour rien au monde j’arrêterai »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *